C’est une comédie, mais une comédie teintée de réflexion philosophique : un drôle de mélange, vous me l’accorderez !
« L’histoire se déroule dans un monde où l’homme n’a jamais acquis la faculté de mentir » : le décor est planté dès l’introduction du film.
La trame part d’une idée totalement utopique : imaginez une autre réalité dans laquelle le mensonge, tout simplement, n’existerait pas. Les humains seraient totalement incapables de mentir … vous voyez bien la notion d’utopie !
Non seulement la notion même de mensonge y est inconcevable, mais il n’y a pas de rétention face à ce que les gens pensent vraiment. Les interactions sociales sont sous le signe de la franchise absolue, qui ne tait ni ne cache rien : pas d’enrobage par politesse, gêne, pudeur ou peur de blesser.
Les avis et points de vue de chacun sont assumés au grand jour…
« Ils n’ont pas le choix c’est dans leur nature ».
L’histoire
« L’invention du mensonge » (The invention of lying en VO) est la trame du scénario loufoque et intelligent de Ricky Gervais, star du cinéma britannique, également acteur principal et co-réalisateur de ce film sorti en 2009.
Mark Bellison, le héros du film, est un scénariste dénué de talent, méprisé et dénigré dans son entreprise de production cinématographique, et avec un physique peu à son avantage (« petit, grassouillet, avec un nez retroussé »). Il rencontre Anna, (incarnée par Jennifer Gardner) qu’il rêve de séduire …
Sa vie est morose et sans espoir : rejeté par Anna (en raison d’un patrimoine génétique jugé insuffisant), sur le point d’être renvoyé, son compte en banque à sec, pour une raison ignorée, il se met à mentir. A avoir la capacité de le faire.
Dans un monde qui ignore le mensonge, il est forcément cru par tout le monde.
Et devient adulé, porteur d’un immense espoir lorsqu’au chevet de sa mère mourante et terrifiée, il invente l’existence d’une vie après la mort, et « d’un homme dans le ciel » qui dirige de là-haut la vie des humains…
C’est une comédie
Les dialogues et échanges sont drôles, par leur franchise crue, avec un florilège de ce qu’on pourrait entendre lorsqu’on ne peut travestir sa pensée ou la réalité :
• « A sad place for hopeless people (un endroit triste pour personnes sans espoir) » inscrit au fronton d’une maison de retraite ;
• « On descend d’une longue lignée de nullités » ;
• « Ton bébé est affreusement laid » ;
• La pub Coca : « Le Coca a un fort taux de sucre et à l’instar de toutes les boissons caloriques il entraine l’obésité chez les enfants et les adultes dont l’alimentation n’est pas très saine. J’aimerais que vous n’arrêtiez pas d’acheter du Coca, c’est tout ce que je vous demande » ;
• La pub Pepsi : « Quand ils n’ont pas de Coke »
J’arrête là, pour ne pas tout vous dévoiler …
Qui ouvre sur des réflexions philosophiques
Au-delà de la comédie, ce film nous propose des pistes de réflexion, qui nous interrogent :
Sur la vérité
Peut-on tout dire ? Doit-on tout dire ? prendre le risque de blesser pour être dans la vérité et l’authenticité ?
Quel est votre point de vue ?
A chacun son opinion sur la question : ce qui est intéressant avec ce film, c’est qu’il nous interroge sur nos propres limites de ce qui est acceptable et confortable ou non.
Personnellement, je vote pour l’authenticité bien évidemment, mais sans aller jusqu’à dire à un homme lors d’un premier rdv que je le trouve gros et laid, comme dans le film… ahah … une de mes limites …
Alors, j’approfondis la réflexion : avec qui je souhaite être dans la transparence et jusqu’où ? Tout est-il bon à dire ?
Encore une fois, il n’y a pas forcément de bonne réponse à la question.
Je prends juste conscience que plus les personnes me sont proches, plus je vais être dans cette quête de vérité, qui fait partie de mon alignement, tout en respectant leur limite et leur sensibilité.
L’intrusion et plaquer ce qui ne serait que de l’ordre de « ma » vérité ne serait pas dans la justesse non plus : cela pourrait être une forme d’ingérence, voire de violence…
Et en écrivant ces lignes, je ressens que le cercle des proches s’élargit à toutes les personnes avec qui je souhaite développer un lien de cœur à cœur, et vous en faites partie… Alors, la vérité, oui, dans le respect de l’autre est une position qui me convient.
Sur le mensonge
C’est le corollaire de la réflexion précédente : où démarre et où s’arrête la notion de mensonge ? Mentir par omission, est-ce mentir ?
Le début du mensonge, dans le film apparait quand Marc Bellison « dit des mots qui ne correspondent à rien ».
La tromperie, la flatterie, et même la fiction ne peuvent exister dans ce monde.
Et c’est aussi un des intérêts du film, montrer jusqu’où la nécessité de vérité peut entrainer : si on ne peut dire que ce qui est factuel et avéré, les facultés d’imagination n’existent plus non plus… Les films se résument à des documentaires historiques ennuyeux et sans saveur.
Sur la crédulité
Dans un monde où la vérité est la norme, croire en la parole de l’autre est naturel et logique : si chacun ne peut dire que la vérité, pour des faits avérés ou sa propre opinion, nous sommes alors assurés que c’est vrai. Il est alors impossible de remettre en question les assertions les plus invraisemblables.
Il ne s’agit pas alors de crédulité ou de naïveté, puisqu’il s’agit de « la vérité » (ou en tous cas celle de celui qui s’exprime).
Ce film interroge donc sur la « crédulité » ou la naïveté qu’on peut observer chez des personnes qui ont tendance à ne pas vouloir mentir face à quelqu’un qui y parvient naturellement. Ces notions apparaissent lorsque quelqu’un est capable de mentir devant un auditoire qui n’est pas averti de la possibilité que le mensonge puisse exister. A méditer …
Ce film nous questionne également à propos de la Foi, puisque Mark Bellison se retrouve être « l’inventeur » de la vie après la mort et des bases d’une nouvelle religion dont les tables de la loi se retrouvent être notées sur un carton de Pizza Hut !…
L’invention du mensonge est un film original, plutôt inclassable, que j’ai eu plaisir à revoir pour vous en faire la chronique, malgré quelques lenteurs et faiblesses de scénario, de mon point de vue (… la vérité, rien que la vérité, toute la vérité … 😅 !)
Si vous souhaitez découvrir un autre film dans la catégorie « comédie originale et à message », je vous suggère Un jour sans fin, et dans une tonalité beaucoup plus légère Just married (ou presque).
Merci pour vos commentaires 😉 …